Robots : prolonger le geste du chirurgien

Docteur 3.0
axilum robotics
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Pas de médecin dans l’espace ? Qu’à cela ne tienne ! La station spatiale internationale (ISS) a embarqué un robot d’échographie piloté à distance depuis la Terre ! Mis au point par la société AdEchoTech, le télééchographe est déjà installé dans les centres hospitaliers de Lannemezan, Vendôme-Montoire, Belle-Isle , dans un cabinet de radiologie de Quiberon ainsi que sur trois sites au Canada. Répondant au doux nom de Melody, il agit comme un prolongement de la main du médecin, qui le rapproche ainsi des patients isolés. Si le robot est promis à un beau succès international, il a fallu une bonne vingtaine d’années entre l’idée de réaliser des échographies à distance (née en 1997 dans l’esprit du Pr Philippe Arbeille, au CHU de Tours) et le voyage du robot dans l’espace… alors même que l’Agence spatiale européenne et le Centre national d’études spatiales (Cnes) figurent parmi ses tout premiers parrains !

LE FANTASME DU ROBOT QUI OPÈRE TOUT SEUL
Sur la même période, les robots chirurgicaux se sont, de leur côté, largement déployés. On compte aujourd’hui plus d’une centaine de robots Da Vinci en France et 3 000 dans le monde. Ils se sont imposés comme « la » référence en à peine 20 ans. « Au point que le fantasme du robot qui opère tout seul entre dans le champ du possible », analyse Dominique Letourneau, président du directoire de la Fondation de l’Avenir, pour Place de la Santé (1). S’il déplore que la position dominante d’Intuitive Surgical, le fabricant du Da Vinci, pèse sur le coût des opérations robotisées, il observe avec satisfaction que de nouveaux acteurs émergent dans le champ de la robotique médicale et que la France dispose déjà de belles pépites. Il cite notamment la start-up rouennaise Robocath et la société strasbourgeoise Axilum Robotics, fondée par une équipe multidisciplinaire d’enseignants-chercheurs, d’ingénieurs et de médecins.

LES PATIENTS RÉCLAMENT LES MEILLEURES TECHNIQUES
De son côté, à 47 ans, Bertin Nahim vient de créer Quantum Surgical afin de poursuivre l’exploration du potentiel de la robotique mini-invasive. Sa vision (2)? La tendance à la robotisation « est poussée par l’exigence des patients, qui réclament de meilleures techniques chirurgicales. Ils sont les plus gros promoteurs de ces nouvelles technologies, car ils n’acceptent plus les aléas chirurgicaux, les pratiques “artisanales”. » Les résistances des médecins ? Elles seront levées dès lors qu’il ne sera plus question de robot mais « d’outil intelligent » capable de « fiabiliser l’activité médicale » dans l’intérêt du praticien comme dans celui du patient.

RÉDUIRE LA DURÉE DES INTERVENTIONS ET DES SÉJOURS HOSPITALIERS
Et les progrès sont au rendez-vous. En témoigne, par exemple, le système chirurgical robotique Senhance, récemment adopté par le CHU de Saint-Étienne :intègre rétroaction haptique et « eye-tracking ». Pour le Pr Céline Chauleur, gynécologue oncologue, premier chirurgien à l’utiliser en France, « le robot permet de contrôler de très près une visualisation 3D de pointe, tout simplement en bougeant les yeux, et la rétroaction haptique permet de sentir effectivement l’emplacement des autres dispositifs auxiliaires nécessaires à l’opération ». Des avancées qui permettent de réduire la durée des interventions et des séjours hospitaliers. Elles promettent enfin d’être largement soutenues par les orientations actuelles en faveur de la chirurgie ambulatoire… d’autant que les patients eux-mêmes les plébiscitent !

Dominique Lehalle.

(1) www.placedelasante.fr/chirurgie-robotiseeevolution-chirurgicale/ (2) Dans un entretien accordé à La Tribune, 25 septembre 2016

TMS-ROBOT, LA NEUROSTIMULATION NON INVASIVE
Distinguée comme l’une des start-ups les plus brillantes lors du salon Innorobo 2016, Axilum Robotics commercialise le premier robot au monde conçu pour automatiser la stimulation magnétique transcrânienne (TMS). Cette méthode de neurostimulation non invasive constitue l’une des pistes les plus prometteuses pour le traitement de plusieurs pathologies psychiatriques et neurologiques résistantes aux médicaments (dépression sévère, douleurs neuropathiques chroniques, séquelles d’AVC, etc.). En automatisant la procédure, le robot améliore la précision de la stimulation et libère un temps précieux aux professionnels et aux chercheurs.

R-ONE, LE ROBOTVASCULAIRE
La robotique vasculaire devrait s’imposer dans la mesure où les praticiens, en cardiologie interventionnelle, sont particulièrement exposés aux rayons X et aux risques de tumeur cérébrale et de cataracte. Fort de ce constat, le neuroradiologue Philippe Bencteux fonde Robocath en 2009. Avec ses joysticks, le robot R-One permet d’assurer la manipulation à distance de cathéters lors d’interventions d’angioplastie réalisées sous rayons X. Présenté mi-mai à Paris lors du congrès européen de cardiologie EuroPCR, le robot est en phase d’homologation CE. La société vient de lever 4,7 millions d’euros pour accélérer sa commercialisation en Europe.

echographie-cote_medecin.jpgUn professionnel de santé ne connaissant pas l’échographie (généraliste, manipulateur en électroradiologie, infirmier…) assiste le médecin imageur en positionnant le robot Melody sur le patient. La « sonde fictive », similaire à une sonde d’échographie, facilite la prise de contrôle à distance du robot par le médecin imageur.

senhance_pilote_par_pr_chauleur.jpgLe Pr Céline Chauleur, gynécologue oncologue au CHU de Saint-Étienne et premier chirurgien à utiliser Senhance en France.