Intelligence artificielle : de nouvelles promesses pour la santé

Docteur 3.0
intelligence artificielle
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Si l’intelligence artificielle a la fâcheuse manie d’être anxiogène, dans le domaine de la médecine, tout le monde ou presque s’accorde à lui prêter un brillant avenir. Biberonnées aux données et capables d’analyser des milliers de variables en quelques secondes, les IA font des assistants rêvés.

Aux réticents, mauvaise nouvelle, il est déjà trop tard : 40 % des entreprises des secteurs pharmaceutiques et des sciences du vivant déclarent utiliser des technologies basées sur l’IA et en être satisfaites, nous apprenait le journal Les Échos en juillet dernier. Pire encore, la tendance n’est pas près de s’inverser. Pour le secteur de la santé seul, le marché de l’IA pourrait atteindre 6,6 milliards de dollars en 2021, contre 634 millions en 2014, selon le cabinet Frost & Sullivan. Rien que ça.

L’ÈRE DU BIG DATA

Il faut dire que, comme les IA, le domaine médical raffole des données : âge, poids, historiques de santé… tout est minutieusement consigné dans nos dossiers médicaux et progressivement numérisé. D’ailleurs, Google, maître ès big data, ne s’y est pas trompé : en 2015, la branche consacrée à l’IA médicale Google DeepMind Health a passé un accord avec le système de santé publique britannique NHS pour obtenir l’accès aux dossiers de trois hôpitaux londoniens, soit les données de 1,6 million de patients, déclenchant au passage une vigoureuse polémique. L’essor des objets connectés devrait accélérer plus encore la collecte de données de santé. Selon une étude présentée le 13 novembre à l’American Heart Association, la montre intelligente d’Apple couplée à un programme de machine learning pourrait établir avec justesse si son utilisateur souffre d’une pression artérielle trop élevée ou d’apnées du sommeil. En 2015, Apple sortait le ResearchKit, qui permet de collecter les données des utilisateurs d’iPhone à des fins scientifiques. Au Royaume-Uni, l’agence de recherche britannique a lancé le programme Sphere et équipé une centaine d’habitats de capteurs pour aider au diagnostic et à la gestion de la santé et du bien-être. Une ère du big data qui ouvre la voie à la médecine dite des 4P : préventive, prédictive, personnalisée et participative, c’est-à-dire qui met le patient à contribution dans son processus de santé.

DR WATSON ET AUTRES STARS DE L’IA

Une fois les données collectées, il faut les analyser. À ce jeu-là, l’IA a ses stars. Watson est l’une d’elles. Développé par IBM, ce logiciel est capable de reconnaître des questions formulées en langage naturel, d’analyser des données et de faire des prédictions. Coup d’éclat : en 2011, il battait un humain au jeu télévisé Jeopardy. Dans le domaine médical, Watson (également utilisé dans le domaine juridique ou bancaire) s’est fait remarquer en 2016 lorsqu’il a détecté une forme de leucémie rare chez une patiente de 60 ans en s’appuyant sur une base de données de 20 millions d’études cliniques d’oncologie. La révolution IBM en est encore à ses balbutiements, mais l’entreprise se donne les moyens de ses ambitions. En août 2017, elle s’associait au prestigieux MIT dans un accord de 240 millions de dollars pour développer sur 10 ans son IA, avec un focus sur la cybersécurité et la santé. Le 2 février 2017, c’est une autre IA qui fait la Une du magazine scientifique Nature. Sous le titre « La dernière frontière du diagnostic du cancer », le journal détaille comment à partir de plus de 100 000 images une équipe américaine a entraîné un algorithme jusqu’à le rendre aussi efficace qu’un dermatologue expérimenté dans le dépistage du cancer de la peau. L’oncologie, mais aussi l’ophtalmologie ou les troubles psychiques :  grâce à un algorithme entraîné à partir des données de 3 200 personnes, la chercheuse Jessica Ribeiro de l’université de Floride a pu prédire une tentative de suicide avec 80 à 90 % de précision.

GAGNER LA CONFIANCE DE L’HUMAIN

Telle une ruée vers l’or, c’est toute l’industrie de la tech qui se lance dans la course à l’IA médicale : en mai 2016, Intel investissait 10 millions de dollars dans la start-up d’analyse prédictive de santé Lumiata, tandis qu’en septembre dernier Microsoft lançait sa branche  d’AI médicale à Cambridge. En France, c’est Owkin, une start-up née en septembre 2016 avec pour but dedévelopper une médecine plus précise et plus personnalisée (les fameux P), qui mène le marché. Les applications basées sur l’IA peuvent améliorer la santé et la  qualité de vie de millions de personnes dans les prochaines années, analysent les experts de l’université californienne de Stanford dans l’une des études les plus ambitieuses sur le sujet qui devrait durer 100 ans. À condition, ajoutent-ils, de gagner la confiance des médecins, des infirmiers et des patients. Même conclusion de la docteure américaine Lynda Chin, de l’université du Texas, citée dans le Parisien. « Il y a beaucoup d’enthousiasme, se réjouit-elle. Mais il faudra atteindre les médecins et les former à l’utilisation de ces  nouveaux outils pour obtenir des résultats à grande échelle, prévient-elle. Avoir simplement les données et les analyser, c’est la première étape. Il ne s’agit pas juste de créer une appli de plus. »

DES ROBOTS FUTURS MEDECINS ?
Pour la première fois, un humanoïde a triomphé de l’épreuve écrite du concours de médecine chinois en obtenant 456 points sur 600. Son nom, Xiao Yi, signifie «petit médecin». Durant un an, cet humanoïde conçu par des ingénieurs de l’Université Tsinghua de Pékin,  ’est entraîné dur : il a assimilé pas moins d’un million d’images, 53 000 ouvrages, deux millions de dossiers ainsi que 400 000 documents et rapports médicaux.

Elsa Ferreira