“ Nous devons travailler tous ensemble pour l’avenir de notre système de santé ”

Récemment réélu à la tête de la Fédération Hospitalière de France (FHF), Frédéric Valletoux est engagé dans la modernisation du secteur hospitalier. Plus globalement, il plaide pour une simplification du système de santé.
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Frédéric Valletoux, président de la FHF

Pouvez-vous expliquer les missions de la FHF ?
Frédéric Valletoux : La FHF rassemble toutes les structures de l’offre de soins publique, soit environ un millier d’établissements hospitaliers et 2 400 établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD). Nous avons une mission de représentation et de promotion de l’hôpital public mais aussi de lobbying et de défense de nos intérêts.
La FHF est d’ailleurs l’interlocutrice des pouvoirs publics pour les textes juridiques. Nous veillons à la promotion du modèle hospitalier et à sa modernisation. Nous avons à coeur de valoriser les innovations à l’hôpital et de diffuser les bonnes pratiques. Nous travaillons à des réflexions pour projeter l’hôpital dans son avenir, anticiper son évolution.

Vous avez été réélu en septembre à la tête de la FHF. Quels sont vos objectifs pour cette nouvelle mandature ?
F. V. : J’ai tout d’abord un objectif à court terme : préparer une plateforme politique qui sera rendue publique en ce début d’année afin que la santé soit un sujet du débat des présidentielles. Nous savons que la santé ne sera jamais LE sujet de ces élections car il y a d’autres problématiques, notamment économiques et sécuritaires.
Néanmoins, nous voulons interpeller les candidats, les informer de nos propositions sur l’avenir du système de santé et porter le sujet de la santé dans le débat public. Je suis d’ailleurs allé à la rencontre des équipes d’une quarantaine d’établissements pendant un tour de France d’un an.
Les hospitaliers ont des envies, ils sont en mouvement.Il y a beaucoup d’innovations et d’inventivité contrairement à l’image qu’on peut en avoir, et ce notamment au travers de l’utilisation de l’outil numérique et de la télémédecine.Avec la plateforme, on va pouvoir les faire connaître.
À plus long terme, mon ambition est de continuer à accompagner les mutations de l’hôpital, qui va être amené à évoluer en raison des contraintes organisationnelles, de la nécessité de travailler en réseau, d’améliorer la coopération avec le secteur privé ou encore de s’ouvrir aux libéraux. Mon souhait est de sortir l’hôpital de son isolement. Il faut faire tomber les barrières afin de travailler tous ensemble.

Les députés n’ont pas souhaité limiterla liberté d’installation des médecins libéraux alors que leur inégale répartition sur le territoire est souvent pointée du doigt ? Comment répondre à cette difficile problématique ?
F. V. : On voit effectivement monter une incompréhension de la population relayée par les élus et une préoccupation sur l’accès aux soins. Il s’agit d’une angoisse de plus en plus prégnante qui est difficile à expliquer puisque la France n’est pas en pénurie de médecins avec les 220 000 praticiens inscrits à l’ordre.
Revenir sur leur liberté d’installation, ce n’est pas la première fois que les parlementaires le suggèrent et, un jour, un texte de loi sera adopté. Pour éviter que le système ne se transforme par la loi, donc de manière imposée, nous aurions tous intérêt à nous mettre autour de la table et à réfléchir à une solution face à ces inégalités territoriales.
Il relève de la responsabilité collective de constater que le système ne fonctionne plus et de suggérer aux pouvoirs publics une solution. Notre système doit cependant se diriger vers plus de souplesse afin de trouver des solutions adaptées à chaque territoire. Dans les secteurs en carence d’offres de soins de ville, pourquoi ne pas inventer une solution qui impliquerait les hôpitaux ?
Aujourd’hui, les jeunes médecins sont moins intéressés de s’installer seuls en cabinet. Ils souhaitent travailler en équipe. Il faudrait fluidifier et simplifier l’exercice pour créer davantage de passerelles. Les hôpitaux de proximité ont donc un vrai rôle à jouer. En outre, le développement de la télémédecine ouvre de gigantesques opportunités pour concilier proximité et qualité.

Les infirmiers libéraux et salariés ont manifesté le 8 novembre afin d’exprimer le malaise profond de la profession et dénoncer les conditions d’exercice dans les hôpitaux. Quel regard portez-vous sur leur situation ?
F. V. : J’ai reçu les représentants de la profession infirmière et ce qui m’a frappé, c’est que derrière les revendications catégorielles sur la rémunération et les statuts, la question essentielle est celle de la reconnaissance et du malaise des professions de santé.
En cette fin de quinquennat, les professionnels sont déboussolés, épuisés et en quête de sens. Ils s’interrogent sur leur place et leur rôle dans un système de santé qui fait aujourd’hui cohabiter des acteurs aux statuts multiples, dans des parcours compliqués, illisibles et dans des modes d’exercice contraints. Ils sont tous en souffrance. Cette souffrance est réelle et profonde à l’hôpital. Le gouvernement a demandé beaucoup d’efforts financiers à l’hôpital. Certes, il doit participer à l’effort collectif, mais des réformes structurelles et organisationnelles doivent être menées en parallèle, ce qui n’est pas le cas. Qui paie ? Le personnel car les services hospitaliers doivent continuer à prendre en charge les patients. La pénibilité et la fatigue sont de vrais sujets.
On a fait des économies au détriment des conditions de travail, et les organisations hospitalières sont mises à rude épreuve. La question en amont est celle de la permanence des soins car l’hôpital n’est pas fait pour effectuer de la médecine de premier rang, cela coûte trop cher. Je comprends le malaise exprimé car c’est une demande légitime de reconnaissance.

Burn-out, suicides, alcoolisme : les professionnels de santé libéraux font face à des difficultés d’exercice qui rejaillissent dans leur vie quotidienne, aboutissant parfois à des conséquences extrêmes. Quelles solutions face à ces problématiques ?
F. V. : Je pense qu’il va être important, dans les mois qui viennent, non pas de se lancer dans de nouvelles réformes de fond mais de faire en sorte de remettre chaque professionnel à sa place. Il faut redonner du sens à chacun, éventuellement avec des mesures d’accompagnement au quotidien.
Il faut également moins de bureaucratie. On a sur-administré notre système de santé et le tiers payant mène aussi à cela. Il faut réduire la paperasserie, casser cette spirale par des mesures de simplification immédiates, faciliter les pratiques nouvelles avec la télémédecine par exemple. D’une manière générale, il faut rompre avec ce sentiment d’impuissance et de fatalité.

En tant que maire, ressentez-vous le malêtre des professionnels de santé ? Que peuvent faire les collectivités ?
F. V. : Les collectivités ont peu de moyens face au malaise des professionnels. Bien sûr qu’ils viennent nous en parler. Ils nous font également état de la pression venant des patients ou des demandes de prise en charge qu’ils ne peuvent pas honorer, ce qui est difficile pour eux d’un point de vue éthique.
Les collectivités peuvent aider à l’émergence de pratiques nouvelles. À Fontainebleau par exemple, sans pour autant être dans un désert médical, nous avons constaté que les médecins vieillissants avaient des difficultés à trouver des remplaçants. Nous avons donc travaillé à la création d’une maison de santé universitaire. Des médecins tuteurs et rattachés à l’université y accueillent des internes en médecine générale, l’objectif étant d’encourager ces derniers à venir exercer à Fontainebleau et à y rester.

Propos recueillis par Laure Martin