Jeu, set et match : la vie rêvée d’Alain Seynaeve

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Portrait Alain Seynaeve

S’il y a une chose qui met Alain Seynaeve en colère, c’est bien l’omniprésence de l’argent « fou et dévastateur » dans le sport de haut niveau. « Regardez les dégâts causés par le dopage ! » Président de l’Association médicale française de tennis (AMFT) depuis plus de 20 ans, il voit de nombreux sportifs « se ruiner la santé dans l’espoir de décrocher les plus belles médailles : ils voudraient tous avoir une molécule d’avance sur leurs adversaires ». Plus largement, c’est bien le professionnalisme du sport qui l’inquiète. « Quelle place accorderait-on aujourd’hui à Jean Gachassin, Jean Tigana ou Rod Laver : autant de sportifs dont le physique n’a rien à voir avec les corps surdéveloppés des athlètes du XXIe siècle ? »

Sens tactique… moral d’acier !
Le sport. C’est vers l’âge de 11 ans qu’Alain Seynaeve « tombe littéralement dedans ». En Tunisie. Son père sert sous les drapeaux. Sa mère s’initie au tennis. « Elle avait tout juste 30 ans, se souvient-il. J’aimais la voir remonter des scores là où tout semblait perdu pour elle. » Jusqu’à ce déclic : à force d’analyse, il comprend qu’elle a développé « un sens tactique incroyable » et qu’elle dispose « d’un moral hors du commun ». Se voyant en elle, il se rêve tennisman ! Après la Tunisie, destination l’Algérie, puis le Liban. Alain Seynaeve entre au lycée franco-libanais de Beyrouth. Journaliste sportif, surnommé « le Drucker du Liban », son oncle Victor Bercin lui demande de relater par écrit un match de foot où jouait le « grand Raymond Kopa »… match écouté depuis un simple transistor. Il aura la chance de le rencontrer 40 ans plus tard. De retour à Toulon, il étudie à la faculté de médecine de Marseille, se spécialise dans le sport et devient médecin généraliste.

L’appel de l’armée… l’appel de la raison ?
Sa passion le dévorant, le jeune médecin décide d’entrer « dans les ordres militaires » : il poursuit ses études médicales à Lyon, passe sa thèse en 1974… tout en se concentrant sur le tennis. En 1975, il profite d’un stage effectué à l’hôpital du Val-de-Grâce pour pratiquer les plus beaux courts parisiens. Dans la foulée, sans que ses supérieurs s’en aperçoivent, il file à Annecy où se déroule une compétition dans laquelle il rêve d’inscrire son nom : c’est là qu’il rencontrera l’AMFT. En 1976, envoyé en Allemagne sur la base aérienne de Fribourg, il pense « compétition internationale »… tandis que l’armée l’imagine servir à bord de l’hélicoptère Puma. Alors qu’il est phobique, des pilotes bienveillants vont l’aider à surmonter ses peurs et à dompter « la bête ». Concentrant son esprit sur l’acte médical, il met au point le tout premier kit de mise en condition médicale pour le transport en hélicoptère des blessés.

Un désir infini de paix
Dès qu’il est à terre, il enchaîne les matchs officiels… jusqu’à 80 par an ! Un jour, le médecin général Serge Tardy lui confie l’organisation d’une journée médicale consacrée aux réservistes du Service de santé des armées : il se lance et accepte de prendre en charge l’AMFT, secondairement. À titre individuel, il s’inscrit aux Jeux mondiaux de la médecine et du sport, en 1980. « Hormis une année où les Jeux ont été disputés à Montréal, je n’ai loupé aucune compétition et depuis 1991 à Héraklion, j’en assure le juge-arbitrage Tennis ». Ses vacances d’été ? Résolument addict, il vogue de tournoi en tournoi et se maintient pendant 15 ans au classement 15/2. Seule ombre au tableau : le Kosovo, de janvier à avril 2000, où il intervient en qualité de Conseiller santé pour les armées. « Ce fut la période la plus stressante de ma vie : j’ai dû apprendre à vivre avec un gilet pare-balles, un casque lourd et un pistolet dont je ne voulais pas me servir. » Aujourd’hui à la retraite, le médecin veille toujours sur le sport de haut niveau, du hockey subaquatique aux activités aériennes de voltige. Il attire l’attention des plus jeunes sur les dangers de la compétition. « À force d’entraînement, j’ai usé tous mes cartilages. Contrairement à ce que les gens pensent, je n’étais pas programmé pour ça ! On peut toujours se corriger, mettre des semelles, prendre le temps de mieux se connaître, y compris dans ses motivations les plus profondes. » Certes, il n’a pas inscrit son nom au palmarès de la Coupe Davis. Mais Alain Seynaeve rêve de voir triompher les valeurs du sport, de la médecine et de l’armée pour réparer « une société bien trop en souffrance » : « Écoute de soi, respect de l’adversaire… et ce désir infini de paix. »

Portrait signé Dominique Deveaux

alain_2015_1.jpgBiographie express
- Né en 1946
- Obtient sa thèse en 1974 à Lyon
- Aujourd’hui à la retraite, mais toujours très actif (aptitudes sportives et aéronautiques à titre privé)
- Intervient notamment à l’hôpital militaire Saint-Anne à Toulon pour assurer la surveillance médicale des pilotes civils et militaires dont ceux de la Patrouille de France…
- Président de l’AMFT depuis plus de 20 ans : organisation de deux séjours par an, avec un tournoi de tennis ouvert aux professionnels de santé et un cursus de formation médicale continue avec des ateliers pratiques
- Adhésion à l’ACMF en 2000

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