Médecin de formation, journaliste de profession

La presse ? C’est un peu par hasard qu’Alain Trébucq y succombe pendant ses études : jeune marié, il devient pigiste au Panorama du médecin.
Alain_Trebucq
Alain Trebucq - 2016

Ayant su anticiper l’arrivée des nouveaux outils numériques et l’évolution des pratiques et comportements qu’ils induisent, ce passionné des médias est aujourd’hui à la tête de GM Santé, un groupe de presse qui  édite notamment La Revue du Praticien, Le Concours Médical et Egora, comptant plus de 28 000 abonnés, médecins et professionnels de santé.
Un métier d’éditeur de presse spécialisée qui l’a naturellement conduit à décliner ses principaux titres en version numérique (egora.fr, larevuedupraticien.fr, etc.), à concevoir des portails dédiés d’information (docdoc-alacarte.fr, docdocpro.fr), à proposer des formations DPC (Cas pratiques, Gestion du risque au cabinet, etc.), ainsi qu’à organiser des  salons professionnels (Journées nationales de médecine générale) ou des formations présentielles, telles Les Transmédicales, en partenariat avec le Collège des Hautes Études de Médecine).

La force d’Alain Trébucq : une créativité à la française,  alliée au pragmatisme à l’anglaise ?
«J’ai toujours cru à la complémentarité des choses, sourit le gentleman français dans son costume en tweed. Le tout, c’est de savoir doser et de veiller à l’équilibre.» Alain Trébucq est convaincu que la multiplicité des médias est une opportunité. «La télé n’a pas tué la radio, Internet n’a pas supprimé le papier, le smartphone est aussi utile que l’ordinateur.»

La tendance à la gratuité de l’information est-elle irréversible ?
Ce n’est pas une fatalité. Son intime conviction : «Seule la qualité intrinsèque du média prime. Ce qui fait notre différence, c’est notre capacité à créer un contenu exhaustif, fiable et vérifié, et à savoir le servir à bon escient, que le lecteur soit en ligne, au cabinet, au bloc, ou confortablement installé chez lui.» Passionné par l’innovation, Alain Trébucq participe à la mue de la presse médicale dès les années 1990, marquées par l’émergence de nouveaux outils et supports de communication. «Nous sommes l’un des rares groupes de presse qui ne dépendent pas de la publicité. Cela nous rend forts aussi vis-à-vis de nos lecteurs !»

L’impact de ces évolutions sur l’exercice de la médecine ?
«À l’heure de la transformation digitale, la médecine doit elle aussi miser sur la complémentarité des modèles.» Désormais, les médecins ne veulent plus se retrouver seuls, abandonnés de tout et de tous, sacrifiés à l’unique exercice de leur profession par tous les temps, de jour comme de nuit. «Les maisons médicales sont l’une des meilleures réponses : elles permettent à chacun d’exercer dans sa spécialité, entouré de confrères eux-mêmes spécialistes.» Ainsi regroupés, les associés mutualisent leurs moyens, se dotent des meilleures technologies, échangent des informations et des services. «Ils gagnent en efficacité, retrouvent de la disponibilité et du temps pour  s’épanouir dans leur vie personnelle…» 

Son regard sur la perte d’intérêt des jeunes pour la profession ?
«C’est aux politiques de recréer de l’attractivité, d’aider les jeunes à s’installer !» Pour l’homme de presse, il faut donc mieux accompagner et soutenir les professionnels de santé «qui ont déjà fort à faire entre les actes administratifs, le besoin de se former aux nouvelles technologies et la gestion de patients ayant désormais accès à une manne d’informations». Selon lui, il est urgent de «redonner envie», de «susciter à nouveau des vocations».

Son avis sur les déserts médicaux ?
Ceci relève également d’une meilleure appréhension et gestion des politiques, de même que cela nécessite un regain d’intérêt des jeunes populations. «Accessoirement, rappelle-t-il, cette situation existe depuis le XIXe siècle, à la campagne comme à la ville, tel que le constataient déjà Hugo ou Zola. Quand elle est dos au mur, en situation de stress, d’angoisse ou de conflit, l’humanité sait trouver les solutions qui s’imposent !» Restaurer la confiance en la médecine ainsi qu’en ses perspectives d’avenir est une absolue priorité et la presse doit y contribuer. C’est le combat d’Alain Trébucq. «Les journalistes ont pour mission d’éveiller les  consciences, de vulgariser, de faire place aux idées. Un rôle d’éclaireurs… à condition de rester indépendants.»

Portrait signé Dominique Deveaux

Biographie express
1953 : naissance à Beckenham, en Angleterre.
1972 : études de médecine à Paris Ouest.
1982 : journaliste, puis rédacteur en chef et directeur général du Panorama du médecin.
1989 : Executive Master HEC
1990 : directeur du Quotidien du médecin et du Quotidien du pharmacien. Crée le mensuel Décision Santé
1995 : création de l’entreprise ATP Com, rachetée par France Télécom en 2001.
2005 : création de Huveaux France à partir des activités reprises à France Télécom et du rachat des Éditions JB Baillière (Panorama du médecin, La Revue du Praticien, Le Concours Médical), dont il devient le directeur général.
2008 : rachat de Huveaux France par Alain Trébucq qui en devient l’actionnaire majoritaire ainsi que le PDG, et qui rebaptise le groupe Global Média Santé.