"Je serai médecin à vie !"

Patrick Cogolludo, médecin de garde le soir des attentats du Bataclan
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Il était présent aux côtés de Sting à l’occasion de la réouverture du Bataclan, le 12 novembre 2016. Un rendez-vous qu’il ne pouvait pas manquer, lui, Patrick Cogolludo, médecin généraliste exerçant à Suresnes, survivant des attentats du 13 novembre 2015. Témoignage.

« Quand je rentre chez moi après avoir vu une cinquantaine de patients dans la journée, il faut que je me change les idées. » Médecin généraliste depuis 1983, passionné de musique, Patrick Cogolludo réussit à joindre l’utile à l’agréable en devenant membre de l’Association des médecins des salles de spectacles de Paris et de région parisienne (AMSSPRP). C’est ainsi qu’il était médecin de garde au Bataclan, le 13 novembre 2015. « Ce que j’ai vécu cette nuit-là, personne n’est préparé à le vivre. » Il accompagnait l’un de ses meilleurs amis et son fils, âgé de 15 ans. À l’affiche : les Eagles of Death Metal. La triste suite, chacun la connaît. « Le début du concert était époustouflant… jusqu’à ces bruits fracassants. » Il faudra une trentaine de secondes à Patrick Cogolludo pour comprendre qu’il ne s’agit pas d’effets
pyrotechniques, mais de coups de feu.

La vie de quarante personnes entre ses mains
« Sauver ma peau, c’est la première chose qui m’est venue à l’esprit. » Connaissant parfaitement les lieux, il prend le groupe d’une quarantaine de personnes qui se trouvent avec lui sur le balcon pour les entraîner jusqu’aux loges. Ils empruntent l’escalier de service et le long corridor avant d’atteindre la porte donnant sur la rue. Dehors, devant eux, un homme à terre et de nombreux blessés. Patrick Cogolludo crie, demande de l’aide. Un couple habitant un immeuble voisin les invite à se réfugier chez eux. « Nous étions huit personnes valides et portions cinq blessés graves à bout de bras. » En deux secondes, leur salon se transforme en hôpital de campagne. « Je n’avais rien pour soigner… Nous avons fait des points de compression sur les blessures et parlé aux blessés jusqu’à ce que les secours prennent enfin le relais, vers 3 h 30. »

« Ma survie, je la dois à la médecine… à mon travail. »
Samedi 14 novembre 2015, 8 h 30, Suresnes. Patrick Cogolludo est à son cabinet, comme à son habitude. Pas un mot sur ce qu’il vient de vivre. « Je me devais d’être là pour soigner mes patients. Il fallait que je continue, que je fasse les mêmes gestes qu’avant, sans réfléchir… La vie devait reprendre ses droits. » Le film de cette nuit d’horreur repassera des milliers de fois dans sa tête. « C’est mon travail,la médecine, qui m’a aidé à me sortir de cette foutue histoire : le soir du 13 novembre, je suis toujours resté dans l’action. » Heureusement, il peut aussi compter sur son entourage, sa femme et ses amis, « omniprésents… parfois un peu trop ». Sans oublier ses confrères de l’AMSSPRP qui « plus que jamais ont besoin de volontaires ! » D’ailleurs, dès le 20 novembre 2015, il officiait à nouveau en qualité de médecin de garde, à l’Olympia. À 64 ans, il le dit tout net, rien ne pourra plus l’arrêter : « Je serai médecin… à vie ! »

Par amour pour le rock’n’roll
En novembre 2016, il était aux côtés du chanteur Renaud qui entamait sa nouvelle tournée parisienne. À l’évocation du show-business, une lueur brille dans les yeux du Dr Cogolludo. Lui reviennent ses nombreux souvenirs aux côtés des plus grands : Elton John, « un véritable génie », Madonna, « qu’il ne faut pas regarder dans les yeux », Lady Gaga, « qui me fait la bise », Paul McCartney, « une personnalité formidable, qui voulait être médecin », sans oublier Bashung, « que j’ai suivi jusque dans son dernier souffle artistique à l’Élysée Montmartre ». C’est sa passion et « rien, ni personne ne pourra [lui] enlever cette part de rêve ». Dernièrement, Patrick Cogolludo a accompagné le fils de son ami qui, après une longue thérapie, a retrouvé le goût et la force de fêter ses 16 ans devant un concert de rock. Le 12 novembre 2016, il se devait d’être présent aux côtés des victimes, de leur famille, du monde du spectacle, de Sting, du Bataclan… avec toute l’humilité, toute la bienveillance d’un médecin amoureux du rock’n’roll.

Portrait signé Dominique Deveaux

L’Association des médecins des salles de spectacles de Paris et de région parisienne (AMSSPRP) cherche des volontaires, tous les soirs, pour assurer la médecine de garde dans près de 500 salles et autres lieux culturels. Site web : www.amssprp.org