Médecin éclairé… médecin des Lumières !

PORTRAIT / UN JOUR, UN DESTIN
"Il est urgent de s'ouvrir au nouveau monde médical!"

Après 10 années d’exercice de la médecine en zone rurale, il lance le 1er réseau collaboratif professionnel des médecins français. Portrait d’un docteur visionnaire : Nicolas Homehr.

« Je me suis installé sur la commune de Lherm (31) en qualité de médecin généraliste, il y a 10 ans, avec pour projet de créer un cabinet de groupe, raconte Nicolas Homehr. L’idée était de partager et de mettre en commun. » De fil en aiguille, le cabinet s’est transformé en « maison médicale » avec trois associés, un pharmacien, un psychologue, un orthopédiste, deux dentistes, deux infirmières et une secrétaire médicale. Sur les quatre associés, trois sont maîtres de stage universitaire. À l’origine du projet ? « Il y avait une pharmacie au centre du bourg avec un parking pour se garer… Ça a fait tilt : autant y adjoindre un cabinet médical où seraient regroupées toutes les spécialités médicales demandées par la population alentour. » De fait, le terme « maison » prend tout son sens : chaque praticien est à la fois autonome et entouré « comme les membres d’une même famille ».

La genèse : fédérer pour mieux soigner 
« Tout l’intérêt d’un tel dispositif est d’apporter une meilleure qualité de soins et d’attirer une nouvelle génération qui recherche ce type d’exercice et ainsi lutter contre la désertification médicale », analyse Nicolas Homehr. Du coup, la « maison » séduit les élus locaux, tout particulièrement le maire de Troyes, François Baroin, président de l’Association des maires de France (AMF) depuis 2014. « Nous sommes une génération qui ne veut plus travailler comme avant, poursuit le docteur. Il y a une quinzaine d’années, nous lancions nos premiers états généraux pour imaginer comment changer le mode d’exercice de nos métiers. Nous avons associé d’autres professions comme les infirmières libérales. De là est né le concept de maison médicale, appelé aujourd’hui “maison de santé pluriprofessionnelle” (MSP). » Car, depuis, le concept a été repris par les politiques : les agences régionales de santé (ARS) en ont fait leur cheval de bataille pour lutter à la fois contre la désertification médicale et le burn-out des praticiens.

Intelligence humaine augmentée
Parallèlement, voyant arriver une nouvelle ère avec l’accélération du « phénomène de digitalisation de la santé », Nicolas Homehr se lance dans la recherche numérique. Objectif : comprendre et anticiper la nouvelle économie, « ce nouveau monde qui s’invente sous nos yeux et qui vient nous bousculer jusqu’à nos pratiques médicales quotidiennes ! » À force de questionnements, véritable anthropologue, il se rend compte que « la médecine n’a rien à envier à l’artisanat » ! « Tout le monde travaille seul, en silo, chacun est enfermé dans son domaine de spécialité, avec des connaissances rapidement obsolètes, tant les choses évoluent de jour en jour. » Si le besoin de formation est permanent, il réalise que seuls 10 % des médecins arrivent « à suivre correctement leur développement professionnel continu (DPC) ». Dès lors, les questions fusent : comment briser cet isolement ? Comment favoriser les rencontres, les échanges… la collaboration ? D’où la création de la start-up Be-ASynapse. « L’idée ? Réunir sous une même bannière toute la profession pour créer des interconnexions neuronales et tendre vers une intelligence humaine augmentée ! » Ainsi vient de naître le 1er réseau social collaboratif de santé : il repose sur des outils puissants de partage des compétences et compte déjà une trentaine de logiciels d’aide au diagnostic et à la recherche.

Nouvelle encyclopédie médicale
À terme, il s’agit de constituer la toute 1re encyclopédie faite par et pour le corps médical… à l’échelle mondiale ! « Europe, Afrique, Asie, Amérique : nous développons une plateforme d’e-mentorat, c’est-à-dire de partage des connaissances et compétences, dont l’algorithme est basé sur le verbiage international commun à l’univers de la santé, commente Nicolas Homehr. Un arbre décisionnel établi à partir de mots-clés permettant ainsi de repérer, puis de hiérarchiser et d’organiser les discussions et échanges à travers le monde. » Une phase de test grandeur nature voit actuellement la participation de plus de 1 000 médecins de par le monde. En travail collaboratif avec l’ARS Occitanie et le Ministère de la Santé, le lancement officiel est prévu pour septembre 2018. « La santé représente 11 % du PIB en France : l’e-santé va connaître un essor considérable, prédit Nicolas Homehr. Il est donc urgent de décloisonner, de changer les mentalités, de s’ouvrir au nouveau monde médical ! » Un projet des plus enthousiasmants qui compte déjà le soutien de l’ensemble des facultés de Médecine en France et des Internes de Médecine Générale. «Tous ont l’envie de travailler ensemble, pour gagner en efficacité, avec ce souci constant de remettre le patient au coeur de la santé… et le praticien au coeur de la médecine du XXIe         siècle ! »

Biographie express

  • Études à la faculté de médecine, il y a 25 ans
  • Président du bureau des étudiants de la faculté de Bordeaux
  • Fin d’internat, départ pour l’île de la Réunion
  • Installation au Lherm en 2007
  • Domaines de spécialisation : le sport et l’humanitaire
  • À l’ACMF depuis le début de sa carrière

 

Portrait signé Dominique Deveaux

Categorie: